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Les parutions Bernard Pascuito Edition

Les inédits - BERNARD PASCUITO EDITEUR

  "Mes mais 68" d'Alain Berenboom

Mai 68, parlons-en. J’ai le souvenir d’un rêve, d’une folle sarabande. Je ne parle pas des barricades ni des pavés. Ni des meetings enflammés ni des nuits de fête et de la baise à gogo. Tout ça, c’était pas pour moi. J’en avais rien à cirer, moi, de ces étudiants, de ces fils et de ces filles à papa, qui s’habillaient en prolos pour aller casser la gueule des flics (tiens, de vrais prolos, ceux-là !) au nom du peuple ou de je ne sais plus très bien quoi. Rien à faire non plus de tous ces travailleurs qui avaient trouvé l’occasion de faire repos général, machines en panne pour revendiquer l’impossible. Juste pour le plaisir de faire chier. Sans savoir qu’ils vivaient le bref instant d’une époque sans chômage. Mai 68, pour moi, c’est le boulot. Le moment où j’ai travaillé avec le plus de liberté, de plaisir et d’efficacité. Pendant que tous les autres jouaient à on arrête tout et on ne recommence plus, moi je suais comme un malade, parcourant des centaines de kilomètres, portant des colis sur mon dos pire qu’un baudet. La semaine de quatre-vingts heures au moins. Je me suis même demandé si je n’étais pas le seul, le dernier travailleur de France. Dites donc, si j’en avais parlé à un journaliste, peut-être que de Gaulle il m’aurait donné la médaille ? Et ils m’auraient exhibé à la télé comme un modèle face à tous ces paresseux, tous ces glandeurs. Evidemment, j’aurais été mal si Mon général, il m’avait demandé, en m’épinglant la médaille sur ma poitrine, dites donc, mon ami, quel est votre secret ? Quel est ce boulot que vous aimez tant ? Difficile de répondre : moi, mon général ? Eh bien, je joue du surin pendant que les autres se dorent au soleil du printemps. Au fond, je me fais peut-être des idées. Général, c’est un peu le même métier que moi mais en plus grand. Oui, pour nous tueurs, mai 68, ç’a été le temps béni. Sans un flic à l’horizon. Tous occupés à taper sur ceux qui ne travaillaient pas. Pas de risque. Pas de danger. Personne pour vous dénoncer. Plus d’essence pour vous poursuivre. Pas de voisins. Z’étaient en ballade à la recherche de l’aventure, alors que l’aventure se passait sur leur palier pendant qu’ils étaient absents. Ah ! Les cons ! Qu’est-ce que j’ai pu en tuer en mai 68… Mon meilleur tableau de chasse. Trois veuves, un colonel, deux banquiers, un buraliste, un marchand de vin. Et une podologue. Avec celle-là, tiens, j’ai eu des scrupules. Peut-on étrangler une podologue sans savoir ce qu’elle fait dans la vie ? Remarquez, je le lui ai demandé. Podologue, c’est quoi ? Un peu trop tard peut-être. Je serrais trop fort, je crois. Je contrôlais mal ma force à l’époque. En sortant de la dame, j’ai vu à la télé une grande manifestation. Pour le retour du général de Gaulle. Contre la chienlit. Moi, je l’aimais bien mon général. Alors, j’y suis allé et j’ai chanté comme les autres la Marseillaise. A côté de moi, se trouvait un ministre. Blanc comme un rat, l’air perdu et malheureux. Depuis trois semaines, je me terre dans ma cave, il m’a avoué. C’est la première fois que je pointe le nez dehors. Il n’y a pas de danger, pensez-vous ? Je l’ai rassuré comme j’ai pu. Si quelqu’un s’attaque à vous, faites-moi confiance, il trouvera à qui parler ! Riez pas, j’étais drôlement musclé. Et le type me faisait vraiment de la peine. La manif a été un succès. On braillait à tue-tête, on se donnait le bras. On réoccupait le pavé. Et on a fini la journée dans un bistrot. C’est lui qui a insisté, remarquez. Moi, ça me gênait un peu. Vu que les petites affaires de la podologue étaient dans la poche de mon imperméable et que j’avais pas envie qu’elles glissent sur la table. Bref, de fil en aiguille, on est devenu les meilleurs potes du monde. Comme je lui ai raconté que j’étais sans boulot (j’allais pas lui avouer…), il m’a fait entrer dans son cabinet comme chauffeur et aux élections, je suis devenu son suppléant. T’es le seul à qui je peux faire confiance, il a insisté car j’étais un peu réticent à entrer dans ce monde-là. Ce qui m’a décidé c’est quand il a ajouté : t’es le seul qui veut pas me faire la peau. Mes amis politiques, ils sont tous prêts à me planter un couteau dans le dos. J’ai attendu deux ans avant de le suicider. Et de le remplacer. Il m’a fallu encore un peu de temps pour devenir ministre. Maintenant, je peux voler et tuer tranquille. Et pourtant, vous savez quoi ? Je donnerais tous les ors de la république pour retrouver la liberté de mes journées de mai 68. Bon, je vous laisse, j’ai un discours, là. L’inauguration d’une prison, je crois. Alain Berenboom

  Nouvelle inédite de Pierre-Edmond Robert (en anglais) : Treasure Island

Klong Plu Waterfall “Koh Chang treasure map: all you need to know to enjoy your stay!” advertise tourist folders. And yes, as you view it from the ferry wheezing towards its landing at Dan Khao pier, Koh Chang looks like Treasure Island: a mountain rising steeply from the Gulf of Thailand, escorted by identical islets. It is a deep green mountain, entirely covered by a thick rain forest, an impenetrable jungle, except for the experienced trekkers. In fact, there is only one paved road hugging the shore and not quite circling the island as it ends suddenly on its southern tip. Rough terrain lies in the way, unfit for cars and motorbikes. So, if you want to view the island in the comfort of an air-conditioned automobile, you must choose between the “West tour” and the “East tour”, but not both on the same day. The “West tour” takes you from White Sands Beach, the busiest beach, in the North of the island, to Bang Bao, a fishing village built on a bay, in the South. The “East tour” takes you in the other direction, all the way to another fishing village on the South side, Salak Phet, with equally good seafood restaurants, boats to be chartered to the nearest islets for snorkelling and scuba diving around coral reefs. On both tours you can see temples, albeit of a modest size, waterfalls and elephants, plus a couple of mangrove forests on the East side. Chinese Temple. A temple on the northernmost point is Chinese, which makes it special, said my driver without explaining why. The waterfalls look like the one in the background of the closing scenes of Waterworld, when a group of survivors, led by Kevin Costner, find the last island on an ocean-flooded Earth. The elephants all look very patient. Everywhere, there are new hotels and bungalows being built. Will the island sustain that growth without damage to its environment? There are indeed many more people on Koh Chang than the unavoidable but solitary Friday, although few seem to have been born on the island. Not the two grey-haired Austrian gentlemen sitting on bar stools next to me, at the hotel. They are from Innsbruck, they volunteer. One of them waves his hands in the shape of very high Alpine peaks. I know, I have been there many years ago; there was snow in the streets late in April, and more snow on the mountain ranges overlooking that town. I do not tell them that I have made no attempt to return since. Bungalows a la Robinson Crusoe. As the young barmaid hands me my change I pick up a ten baht coin. I want to tell her that in Europe these are passed on the unsuspecting as two euro coins: same size, same general appearance. She has no idea of what I am saying. She turns her attention back to the television screen above us. It is showing for the umpteenth time the women’s weightlifting event at the Beijing Olympics: Miss Prapawadee “Nong Kae” Jaroenrattanatarakoon, the 24-year-old Thai champion, winning the gold medal in the women’s 53 kg category, while setting an Olympic record for the clean and jerk, with a lift of 126 kg. On my left, a tall middle-aged man, clean shaven and with an equally fresh haircut, bends forward and lifts his glasses up the bridge of his nose to look in earnest at my coins. He is himself paying for the cups of coffee he just had with his wife and teenaged daughters. I tell him about that two euro scheme. “So, you get taken for one euro ninety five,” he says, getting his figures slightly mixed up. “Well, if you don’t get taken for any more than that in your life, you are lucky,” he intones. He sounds as if he must have been taken for a lot more, recently. Perhaps the bursting of the sub prime bubble? Or the real estate market crash? Or one of the wild swings among commodities? Those erratic gold futures? His banker leaving town? I do not ask. I just thank him for that euro ninety-five piece of wisdom. “It was free,” he grunts. Oh, the number of people we meet every day who want to have the last word! Today, I will.
   
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© BERNARD PASCUITO EDITEUR